15.04.2008

La reproduction des élites (suite)

Autre contribution à l'analyse de ce phénomène spécifiquement français les travaux de Louis Chauvel sur la porosité des classes sociales.

(...)"Les origines sociales des diplômés du supérieur long sont extrêmement sélectives, et de plus en plus à mesure de l’arrivée à l’âge d’être étudiants des enfants de la génération née autour de 1945, où la proportion de cadres est moitié plus nombreuse : la concurrence est dès lors si importante que les enfants des classes populaires et même des professions intermédiaires voient diminuer leurs chances d’accéder aux écoles les plus sélectives, du fait même de la multiplication des enfants des milieux sociaux les plus favorisés. De cette façon, les élèves des écoles de l’élite sont de plus en plus homogènes socialement, les enfants des
catégories populaires (employés et ouvriers) passant ainsi de 26,9 % à 16,2% de l’ensemble des écoles les plus sélectives entre le début des années 1980 et la fin des années 1990.
Au reste, le débat autour de l’ouverture de l’Institut d’études politiques de Paris à des filières de recrutement expérimentales, conventionnées avec des lycées de Zones d’éducation prioritaires (ZEP), a permis de révéler que les plus grandes écoles françaises, la crème des écoles les plus sélectives, dont les effectifs sont insuffisants pour être repérées dans les enquêtes Emploi (et même les plus gratuites, certaines rétribuant même leurs étudiants, comme c’est le cas à l’ENA, à l’ENS, et à l’X) sont soumises à la loi de Pareto : 80 % de leurs élèves sont issus d’une fraction relativement privilégiée de la population (cadres, chefs d’entreprise, enseignants agrégés ou du supérieur, etc.), qui ne représente que 20% des parents de la nouvelle génération."(...)